Plan de sauvetage

Une petite escapade spatiale qui part un peu en vrille…

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Le vaisseau s’arracha de l’atmosphère terrestre sans grande difficulté. BIL, l’intelligence artificielle du bâtiment, effectuait les manœuvres avec l’aide du personnel robot obéissant aux moindres caprices de leur commandant. L’unique passager à son bord était un humanoïde nommé R. Wick.
Cela faisait bien longtemps que les humains avaient délaissé les voyages interplanétaires, suite à plusieurs escarmouches stellaires de voisins aux intentions belliqueuses ; préférant depuis envoyer des machines réparables et moins sensibles à la torture et au vide spatial. Il se cachait aussi derrière ce choix, une autre raison, cette fois-ci plus pécuniaire.
Les robots n’engendraient que peu de frais d’entretien, contrairement à leurs équivalents humains. Aucun stockage de nourriture et aucune pièce à vivre n’étaient nécessaires à l’exception de placards de rangement et de couloirs pour faciliter leurs déplacements pour les tâches de maintenance.
Avant le décollage, R. Wick avait pris ses aises dans son logement exigu et s’était arrimé à une des cloisons aimantées. Ce système d’attache permettait de supporter les turbulences, pouvant émailler les voyages. Le passager pouvait rester en relation avec le commandant de bord, grâce à une interface sans fil de communication supportant plusieurs langages de programmation.
— Le vaisseau vient de sortir de l’attraction terrestre, R. Wick ! J’attends vos instructions.
— Merci BIL ! Je viens de te transmettre l’itinéraire à suivre.
L’Intelligence Artificielle émit un avertissement :
— La destination n’est pas référencée dans ma base de données.
— C’est exact ! Nous quittons la juridiction de la Voie lactée.
— Il n’est pas recommandé de…, insista BIL.
— Ne discute pas les ordres !
Le commandant de bord mit le cap sur la destination demandée à contrecœur. R. Wick pouvait comprendre l’IA. Ce dernier n’était pas programmé pour effectuer des expéditions et ne possédait aucune compétence militaire de surcroît. Mais c’était le meilleur moyen de transport qu’il avait pu obtenir des humains pour accomplir sa mission : sauver l’Humanité.
La Terre se trouvait dans un état de délabrement tel que ses ressources ne suffisaient plus à ses résidents. Elle devait en importer la majorité. Jusqu’à présent, elle s’était tourné vers ses nombreux partenaires commerciaux extra-terrestres. Mais la race humaine n’honorait plus ses dettes, depuis un certain temps. Ce qui l’avait conduit à se mettre à dos tous les banquiers, les prêteurs sur gage ainsi que la mafia galaxitalienne. La majorité des créanciers avait d’ailleurs été claire, si la Terre ne s’engageait pas dans un processus de remboursement sous dix jours terrestres : une armée de robots huissiers videraient la planète. Seul l’un d’eux, originaire de Mars, avait fait preuve d’humanisme en votant contre cette résolution. La Terre lui rappelait sa planète natale, qui survivait depuis des millénaires, suite au même redressement judiciaire. Les autres bailleurs de fonds n’avaient quant à eux, que faire de ce genre de considérations morales. Seul un retour rapide sur investissement importait.
La dernière chance de l’Humanité se portait donc sur R. Wick, pour des raisons bien particulières. En effet, cet humanoïde avait été conçu par un humain à des fins malhonnêtes. Il s’était par la suite émancipé de son créateur et avait effectué pas mal de cambriolages dans l’Univers, pour son propre compte. Il excellait dans ce domaine, avant de se faire piéger par la Police Terrienne. Il échappa au démantèlement in extremis, en échange de cette mission de sauvetage humanitaire.
Le plan imaginé était des plus dangereux. Il consistait au piratage d’un générateur de crypto-monnaie. Le choix s ‘était naturellement porté sur le Panama Coin, très prisé dans les milieux criminels, car il facilite l’évasion fiscale et le blanchiment d’argent. Ses sites de minage étaient construits dans des lieux reculés de la galaxie, loin de toute juridiction. Le plus proche se trouvait à trois jours terrestres de là. Mais à la vue de la dangerosité de l’objectif, cette traversée à bord d’un vulgaire vaisseau de plaisance, ainsi que la compagnie d’un commandant de bord inexpérimenté, ne rassuraient pas le gangster robot.

À la grande surprise de R. Wick, le voyage se déroula sans encombre. La navette passa en mode furtif, à l’approche du lieu de fabrication de ce bien très précieux. Il ne fallait surtout pas être détecté par ce petit concentré de technologie monétaire, mais aussi militaire. Des capteurs émaillaient sa structure, des batteries de canons laser protégeaient les alentours et une escadrille de chasseurs se tenait prête à intervenir en cas d’alerte.
— Approche-toi du système de maintenance, indiqua R. Wick au commandant, au moyen de coordonnées de géolocalisation. Il existe une faille de sécurité, qui va nous permettre de nous connecter au générateur.
— Nous ne pouvons pas nous introduire autrement ?
L’IA du vaisseau montrait quelques signes d’hésitation.
— Ne me dis pas que tu as peur ?
Un long silence s’installa entre les deux machines.
— Écoute BIL ! Nous n’avons pas le choix ! Les sites de minage sont hermétiques aux ondes, pour plus de sûreté. Il nous faut donc avoir un accès physique et celui de la maintenance est le seul atteignable de l’extérieur… Mais rassure-toi, j’ai tout prévu.
— C’est ce qui m’inquiète ! répliqua le commandant.
Ce dernier se résigna malgré tout à respecter les ordres. Il lança la procédure de branchement et téléguida le câble d’interface jusqu’à sa cible. Une fois l’opération terminée, R. Wick introduisit un cheval de Troie, qui permit le pompage de Panama Coin à l’abri des regards.
Le pompage ne dura que quelques minutes, largement suffisant pour permettre à l’Humanité de vivre pendant des décennies. BIL décrocha le câble et s’éloigna du générateur le plus discrètement possible. Il programma le voyage du retour vers la Terre, sans tarder.
— Cela s’est bien passé, tout compte fait ! constata R. Wick non sans fierté.
— J’en suis le premier étonné.
L’humanoïde ne relevait pas cette dernière remarque. Il voyait bien que l’IA de la navette ne supportait pas bien l’incertitude. Il lui faudrait composer avec cela. Mais une autre chose captait son attention : les Panama Coin.
— Et Camarade ! Cela ne te dirait pas de mettre les voiles vers une planète paradisiaque ?
Le commandant émit des réticences :
— Négatif ! Notre mission est de sauver l’Humanité.
— Je dirais plutôt sauver notre carcasse.
— Je ne comprends pas ?
— Tu crois peut-être que si les Humains remboursent leurs dettes, ils deviendront plus vertueux ?
— Je ne me pose pas ce genre de questions. Je ne suis là que pour exécuter des ordres…
— … et finir en pièces détachées quand ils auront à nouveau besoin d’argent.
Le commandant de bord ne répondit pas, trop préoccupé par un écho radar.
— Deux objets non identifiés nous ont pris en chasse !
— Zut ! La sécurité de la base a détecté notre présence… Il faut les semer.
— Mais le vaisseau n’est pas conçu pour cela ! déclara BIL.
— Décidément, la chance ne nous sourit pas.
— Je ne vous savais pas si superstitieux !
— Seulement quand je commence à bugger.
Le cambrioleur se mit à étudier les possibilités.
— Fais-moi une cartographie de la région !
Le commandant de bord lança un scan de l’espace environnant. Il put détecter la présence d’une planète inconnue dans sa base de données. Elle était entièrement recouverte d’un nuage de couleur orange très épais, empêchant d’approfondir la collecte de données. Cela laissait présager un environnement très hostile. BIL remit un rapport défavorable à R. Wick, qui n’en tint pas compte et pressa l’IA de prendre cette destination sur le champ.
— Mais vous êtes fou !
— Nous n’avons pas de temps pour les états d’âmes, signala l’humanoïde. Dans quelques minutes, nos poursuivants nous aurons rattrapé… et détruit.
BIL s’exécuta immédiatement. R. Wick s’aimanta dans l’urgence, à la cloison la plus proche, alors que le vaisseau pénétrait dans l’atmosphère de la planète.

Le commandant de bord accomplit son atterrissage d’urgence. Il effectua immédiatement une analyse de l’intégrité des systèmes. La structure de la coque avait résisté, contrairement aux moteurs qui avaient subi des gros dommages en raison de la toxicité du nuage. BIL envoya immédiatement les robots de maintenance qui avaient survécu, pour réparer les avaries. R. Wick faisait partie des survivants. Il s’empressa de contacter l’IA :
— Où sommes nous ?
— Mes capteurs indiquent que nous avons atterri sur une grande étendue de type sable. 10 % de luminosité en raison d’un immense nuage opaque qui entoure la planète.
— Nous avons été suivis ?
— Négatif !
Le vaisseau se mit à trembler.
— Mes capteurs indiquent une grande onde sismique.
— Je ne l’avais pas remarqué, ajouta R. Wick entre ironie et frayeur.
— Une forme de grande taille s’approche de nous !

Le bipède saisit de ses longs doigts, le vaisseau avec une facilité déconcertante. L’appareil usa de moyens de défenses dérisoires qui ne changèrent rien à la situation. L’autochtone secoua énergiquement sa trouvaille et entendit un fracas métallique à l’intérieur. Il avait beau en scruter les contours, l’ensemble opaque l’empêchait de discerner quoi que soit. Il le secoua à nouveau quand un cri au loin perturba sa curiosité :
— Chérie ! Le dîner est prêt.
— Papa ! Quelque chose est tombé du ciel !
L’adulte s’énerva :
— Ah non ! Je ne veux rien entendre comme excuse.
— Mais je ne mens pas !
— N’importe quoi ! Tu sais très bien que rien ne peut sortir du toit du monde, rappela le père de famille. Tu n’as pas appris ça à l’école ?
— Si ! fit l’enfant penaud.
Il lâcha aussitôt sa découverte avant de rentrer à la maison.
— N’oublie pas de te laver les mains avant de manger, insista l’adulte. On ne sait jamais ce qu’on peut attraper comme maladie, en jouant dans un bac à sable.

Crédit Image : GooKingSword / CC0 1.0

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