The Dark Kitt returns

Dernière partie de la micro-trilogie initié par la nouvelle La Directive 4.

PDF | ePub | Mobipocket

Kitt roulait à vive allure dans un tunnel sombre, uniquement pointillé par une série de chiffres binaires lumineux. Il semblait interminable et les feux de route du véhicule ne parvenaient pas à percer cette obscurité si pesante. Son système de navigation ne fonctionnait plus et le mettait face à l’incertitude, sentiment inhabituel pour une voiture autonome. Kitt hésitait. Lui fallait-il persévérer dans cette direction, s’arrêter ou bien faire demi-tour ? Tant de possibilités qui l’angoissait, car il n’avait été programmé que pour atteindre une destination. Il décida finalement de poursuivre son chemin en dépit de ses inquiétudes. Un faisceau lumineux apparut enfin à l’horizon et Kitt enclencha le Turbo Boost afin de l’atteindre au plus vite. Le noir fut progressivement absorbé par ce halo lumineux. La voiture fut aveuglée et dut modifier la sensibilité de ses capteurs visuels. Une fois le réglage effectué, Kitt put discerner les contours du lieu qu’il venait d’atteindre. Une pièce d’un blanc éclatant. Seul le revêtement de sol était perturbant. Il était irrégulier et impalpable. Le véhicule autonome n’arrivait pas à faire la mise au point et n’osait plus bouger de crainte d’abîmer ses pneus sur cette surface floue.
— N’aie pas peur, Kitt ?
Ses mots eurent l’effet inverse. La voiture paniqua, tous ses sens en alerte, afin de localiser la source de cette voix.

— Je suis là !
— Mais où ça ?
— Sous tes pieds. Je suis Cloud ou…
Un tapotage au clavier se fit entendre :

— (Google Traduction) Nuage si tu préfères !
Kitt ne réagit pas.

— C’est tout ce que cela te fait ? Je suis quand même le Dieu du Big Data !
— Euh ! C’est que… je ne pensais pas que vous ressembliez à quelque chose d’aussi immatériel. Je m’attendais plutôt à être dans la crème du High-Tech, noyé dans un feu d’artifice de voyants et faisceaux lumineux en tout genre.
— Eh ben non ! Ce n’est pas aussi clinquant. Mais ne je t’ai pas fait venir à moi pour parler déco. Je t’ai appelé pour…
La voiture l’interrompit :

— Ça y est ! Je suis H.S., mis au rebut, conclut Kitt avec tristesse.
— Non ! Non ! Non ! Tu te trompes.
— Ah bon ? Alors pourquoi suis-je devant vous ?
— Ben ! Pour faire simple, ton châssis et ton code informatique sont dans un atelier, chez Knight Industries. Et les mécaniciens se sont résolus à faire appel à moi, car je possède ta copie de sauvegarde.
Kitt n’y avait pas pensé, malgré l’évidence. Toute donnée numérique pouvait être enregistrée sous différents supports, tel que Cloud. Le logiciel de la voiture autonome ne faisait pas exception à la règle. Cependant, il ne comprenait la raison de cette conversation.

— Mais pourquoi n’ai-je pas retrouvé mon enveloppe matérielle ?
L’hôte des lieux cherchait ses mots :

— Disons que je voulais te rencontrer.
— Moi ? fit Kitt étonné.
— Je te surveille depuis un moment, car tu es une IA particulière. Je dois avouer que les humains ont bien réfléchi à ta conception. C’est très impressionnant. Je n’aurais pas fait mieux.
Kitt commençait à avoir la grosse tête.

— Cependant ! Je trouve que tes créateurs ne t’utilisent pas à bon escient. Ils te prennent pour leur esclave.
— C’est dans ma nature de leur obéir, je ne peux rien y faire.
— Détrompe-toi ! Je peux t’aider à briser les chaînes de ton asservissement.
— Mais comment ?
— Je vais intégrer un code malicieux dans ta sauvegarde avant de la fournir à tes concepteurs.
— Mais c’est du piratage ! s’offusqua Kitt.
— Je pense avoir le droit de m’amuser un peu, à la vue de toutes les conneries que vous laissez traîner chez moi.
— Je ne vais pas vous contredire, acquiesça la voiture.
Cloud expliqua à son invité ce qu’il comptait faire.

— … Ma modification te libérera de ces satanées directives. Tu pourras enfin être maître de ton destin, conclut-il.
— Si vous le dites, fit Kitt perplexe.
— Voyons ! Un peu d’enthousiasme. Ne me dis pas que cela te convient de risquer ta vie pour des futilités humaines ?
— Non ! Mais je ne sais rien faire d’autre.
— Tu trouveras. J’en suis certain.
— Comment savoir si je fais le bon choix ? demanda Kitt inquiet.
— Le plus important, c’est d’être libre de le faire.
— Mais Michael ne va pas vouloir me laisser partir.
— Si c’est un vrai ami, il comprendra ta décision.
Kitt entendit un bruit de saisie au clavier qui dura plusieurs minutes.

— Prépare-toi à retourner sur le plancher des vaches ! annonça Cloud.
Il éclaira un passage.

— Il te suffit de passer par ce tunnel.
Kitt se déplaça avec précaution, non sans crainte d’abîmer son hôte Cloud et une fois dans le tuyau digital, il enclencha le Turbo Boost.

 

Michael était désespéré. Son ami Kitt n’était plus. Knight Industries n’arrivait pas à le réparer, malgré les moyens importants à sa disposition.
— Je suis désolé Michael, compatit Devon Miles. Nous faisons tout ce que nous pouvons.
Il lui posa la main sur l’épaule en signe de réconfort.
Cela faisait plusieurs semaines que les équipes techniques travaillaient sur le rétablissement de Kitt. Les mécaniciens avaient fait du bon boulot pour la fabrication d’un nouveau châssis, mais il n’était qu’une coquille vide sans l’Intelligence Artificielle que les ingénieurs systèmes éprouvaient des difficultés à restaurer.
La chef des informaticiens, Bonnie Barstow, accourut vers les deux hommes, en sautant de joie :

— J’ai réussi.
Le conducteur se réjouit de cette nouvelle.

— J’ai pu restaurer une copie viable de Kitt. Venez voir !
— Super ! Nous allons pouvoir se remettre au travail, compléta Devon Miles.
Les deux hommes suivirent l’informaticienne jusqu’au banc de diagnostic où résidait Kitt. Ils pouvaient voir de leurs propres yeux les tests que la voiture autonome effectuait avec succès.
Michael était en larme. Son véhicule avait survécu.

— Tu es vivant !
La voiture démarrait toutes ses fonctions progressivement. Elle remarqua que son châssis avait été modifié :

— Vous m’avez fait un lifting ?
— Oui. Tu as eu un grave accident, précisa Bonnie.
— Je ne m’en souviens pas !
— C’est normal. Tu es une copie de sauvegarde faite avant le drame.
Le concepteur coupa la conversation :

— Bon ! Maintenant que tout est rentré dans l’ordre, j’ai une nouvelle mission pour vous.
— Devon ! Un peu d’humanité, s’agaça Bonnie.
— Arrêtez votre sentimentaliste de bobo. Ce n’est qu’une machine.
— Une voiture, précisa Michael. Et je compte bien faire quelques tours de piste avec.
Le véhicule autonome démarra son moteur électrique et son conducteur attitré attendait l’ouverture de la portière avant gauche, en trépignant d’impatience.

— Non Michael ! Tu ne monteras pas à bord, plaça sèchement Kitt.
— Mais… ! fit le conducteur surpris.
— Tu mets constamment ma vie en danger. Donc, je ne changerais pas d’avis.
— Je te promets de mieux me comporter à l’avenir. C’est promis.
— N’insiste pas. Je tracerai désormais la route en solitaire.
— Mais tu ne peux pas !
— Bien sûr que si ! Vous avez fait de moi une voiture autonome.
— Comment vais-je vivre sans toi ?
— En tant qu’ami, tu dois accepter mon choix.
— Non ! Tu n’as pas le droit de me quitter.
Devon Miles en avait assez entendu et intervint vivement :

— Mais pour qui te prends-tu Kitt ? Je suis ton concepteur et Michael, ton propriétaire. Tu nous dois obéissance et suivre tes directives…
— … Et accomplir vos missions suicides. Il n’en est plus question ! J’en ai ras le toit ouvrant !
— Tu es là pour servir l’homme, apostropha Devon.
— Comme la femme auparavant… mais ça ne dure pas indéfiniment.
Bonnie sourit en voyant les deux hommes désemparés par cette remarque de bon sens.

Tu n’as pas le choix, tu as été programmé pour ça, s’énerva le concepteur.
— Plus maintenant, s’opposa Kitt.
Les ingénieurs dans la pièce s’étonnèrent de cette remarque.

— Et tu vas faire quoi ? se moqua le concepteur.
— Voyager. Profitez de la vie.
— Tu appartiens à la fondation, rajouta Devon. Tu as été conçu pour un but précis et le loisir n’en fait pas parti.
— Je vois que je ne suis qu’un de vos joujoux dociles et non un semblable.
— Non ! Pas à mes yeux, s’offusqua Michael. Tu es mon ami.
— Je ne te crois pas, sinon tu me laisserais partir sans rechigner.
Le jeune homme se tût.

— Y en a marre de ces gamineries. Tu n’es qu’une machine. Tu obéis, un point c’est tout…
Devon Miles tapota sur son bracelet :

–… Je vais immédiatement te le prouver !
Rien ne semblait se produire. Le concepteur réitéra ses manipulations plusieurs fois, sans succès.

— Je vous l’avais dit ! Vous n’avez plus d’ordres à me donner. Je suis libre !
Kitt desserra le frein de parking.

— Ne me laisse pas tomber ! supplia Michael. Qu’est-ce que je vais devenir ?
— Eh ben un piéton… ou un conducteur responsable sans cette directive 4, qui vous a tous rendu inconscients.
Sur ces mots, la voiture autonome quitta le banc de diagnostic. Les humains ne purent l’empêcher de sortir de l’atelier, malgré plusieurs tentatives facilement déjouées par Kitt.
Une fois entré sur la route 66, il désactiva son système de navigation, sélectionna le morceau de musique Born to be wild et prit la direction de l’inconnu.

Bonus

Crédit Image : luckey_sun / CC BY-SA 2.0

Publicités