Crash recovery

Suite de la nouvelle La directive 4… enfin c’était censé en être une, mais j’ai dérapé vers autre chose… Sorry!

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Les deux ambulanciers tentaient de maintenir en vie leur patient, tant bien que mal, jusqu’à leur arrivée aux urgences. Ils se tournaient constamment vers la console de navigation, afin de connaître la distance restant à parcourir, en priant que le blessé ne succombe pas.
La dépanneuse pénétra enfin dans le parking de l’hôpital et les infirmiers sortirent au plus vite du véhicule avant même son arrêt complet. Ils firent des signes insistants au personnel, afin qu’il prenne le relais au plus vite. Le chef de service de la traumatologie, l’ingénieur Angus McGyver, vint aussitôt à leur rencontre.

— Faites-moi un topo ! lança-t-il.
— Collision entre deux voitures autonomes ! Une fourgonnette détruite et ce coupé noir dans un sale état !
Il se tourna vers le blessé :
— Hou-là ! C’est moche. Le cerveau a été touché ?
— Oui. Son pronostic vital est engagé !
Le chef griffonna quelques mots sur son bloc-notes bracelet à l’attention du personnel soignant. Un système ingénieux relié au Cloud de l’établissement, permettant de partager des informations de manière instantanée.
— Amenez ce patient sur le banc de diagnostic n°4 ! indiqua le chef McGyver à un robot de manutention. Faites-vite ! Il y a risque de mort cérébrale.
La machine détacha le véhicule de la dépanneuse et le tracta jusqu’à la destination indiquée. Une fois fait, il scanna le code-barre de la police d’assurance incrusté dans la carrosserie. Mais cette dernière était dans un très sale état, ce qui rendait la tâche du robot très difficile et par voie de conséquence, ralentissait le travail des ingénieurs urgentistes.
— Débarrasse-moi vite le plancher ! s’énerva Angus.
— Négatif ! Je dois impérativement terminer la procédure.
L’urgentiste détestait ces interminables étapes administratives qui mettait en danger ses patients les plus critiques. Et quand l’un d’entre eux succombait, vers qui la faute retombait ? Le médecin ou le destin. Il ne viendrait jamais à personne, l’idée d’incriminer la personne à l’origine d’une procédure trop pointilleuse.
Le robot finit par laisser le champ libre au chef urgentiste et à ses collègues, mais au même instant, ils furent pris à partie par un homme paniqué.
— Quoi encore ? s’énerva Angus.
— C’est vous qui vous occupez de mon Kitt ?
— Hein ? De quoi parlez-vous ?
— Le coupé noir qui est juste derrière vous.
La voix de McGyver s’adoucit aussitôt :
— Veuillez m’excuser de mon attitude inappropriée… Vous êtes de la famille ?
— Oui ! Je suis Michael Knight, son propriétaire !
— Vous étiez à bord du véhicule ? s’inquiéta l’urgentiste.
— En effet !
— Mais vous devriez être en train de faire des examens dans l’aile réservée aux humains !
Il héla immédiatement un robot-fauteuil.
— Non ! Je n’ai rien, l’interrompit Michael. Ma voiture m’a sauvé la vie avant l’impact.
Son interlocuteur fut surpris :
— Comment ça ?
— Grâce à son siège éjectable.
— Je ne savais pas que ce type d’options de sécurité existait au sein des véhicules autonomes.
— C’est normal ! Kitt est un prototype de la fondation…
Michael s’interrompit. Le chef McGyver attendait la suite.
— On s’égare là ! Vous ne devriez pas être en train de sauver ma voiture ?
L’urgentiste reprit vite ses esprits :
— Hou-là, oui ! Vous avez raison !
Sur ces mots , il s’empressa de se débarrasser du conducteur afin de pouvoir se mettre au travail :
— Vous pouvez patienter dans la salle d’attente, là-bas ! Nous vous tiendrons informé dès que nous aurons stabilisé le patient !
Michael s’éloigna et prit la direction du lieu indiqué, non loin de là.

Après une longue attente, le retour du chef McGyver fut considéré comme un soulagement, en dépit de sa mine grave.
— Nous avons réussi à stabiliser votre véhicule.
— Il va s’en sortir ? lui demanda Michael angoissé.
— Il n’est pas encore hors de danger. Il a plein de secteurs défectueux.
La mine du conducteur se décomposa.
— Mais soyez rassuré ! J’ai mis notre meilleur ingénieur système sur le coup.
— Je peux voir Kitt ?
— Bien sûr ! Un robot infirmier va vous y conduire.

Pendant ce temps-là, Gregory House, vaquait à ses occupations favorites : torturer psychologiquement ses subordonnés robots. Il prenait un malin plaisir à faire tourner leur code informatique en bourrique. Cette jouissante activité fut malheureusement interrompue par une notification sonore de son bracelet.
— Boîtes de métal ! Je dois vous laisser. J’ai un nouveau cas à traiter.
— Vous ne faites pas votre intervention à distance ? demanda l’une des machines.
— Non ! Je préfère voir mon malade de près.
Un des robots fit une recommandation :
— Je ne saurais trop vous déconseiller de vous déplacer avec votre jambe boiteuse.
— Je ne t’ai pas demandé ton avis que je sache !
— Mais c’est pour votre bien.
— Je m’en moque.
House prépara son autoboard, une planche aero-glissante, qu’il venait d’acquérir. C’était le moyen de locomotion à la mode pour les personnes voulant se déplacer rapidement. Elle disposait d’un système autonome géolocalisé très précis se révélant particulièrement efficace dans les lieux clos à l’image de l’hôpital.
— Avec ça, je ne vous aurais plus dans les pattes. Bye ! Bye !
Les robots n’eurent pas le temps de réagir. L’homme était déjà hors de portée de leurs capteurs.

Michael Knight se tenait près du banc de diagnostic. Il avait été bouleversé en découvrant l’état de sa voiture. Il s’en voulait fortement.
— Pardonne-moi Kitt ! pleura l’homme. Je te promets de lever le pied dans les courses poursuites.
Un homme lui coupa soudainement son champ de vision. Michael eût un mouvement de recul.
— Bonjour !
— Vous m’avez fait peur ! Mais vous êtes qui, bon sang ?
— Le docteur…
–… Who ?
L’ingénieur système fit la grimace :
— Encore une personne qui me fait la remarque.
— C’est que vous ressemblez beaucoup à l’acteur Peter Capaldi.
— Eh ben non ! Je n’ai aucun lien avec lui. Moi ! C’est Grégory House et je viens soigner ce véhicule ! précisa le docteur en insistant sur tous les mots.
— Oups ! Je ne voulais pas vous vexer.
— Ce n’est rien. J’en ai pris l’habitude.
House se tourna vers le patient et scruta les moniteurs de contrôle :
— C’est une sacrée réparation qui s’annonce. Je dois vite m’y mettre.
— Vous pouvez sauver mon Kitt ?
— Je n’en sais rien, mais ne restez pas là !
Il poussa ce conducteur, aux allures d’un jeune David Hasselhoff, vers la salle d’attente.
— Je vous tiendrais informé dès que j’en aurais terminé !
Le propriétaire de Kitt y retourna pour la deuxième fois.

Michael resta longtemps à observer le manège de ce docteur et des robots-infirmiers. Ils multipliaient les interventions informatiques pour réparer la mémoire du véhicule. Le docteur House vient le voir en fin de journée.
— Sa mémoire a été réparée. Il me reste juste à relancer le système pour vérifier si la procédure de recovery a bien fonctionné… Je suis confiant.
Les deux hommes attendaient près du banc, le redémarrage complet de Kitt. Mais le résultat n’était pas au rendez-vous. Le véhicule ne savait plus rien faire, même pas déverrouiller ses portières.
— C’est étonnant ! J’ai du raté quelque chose, fit l’ingénieur système perplexe.
Michael était, quant à lui, effondré.
— Mais ne le prenez pas comme ça. Ce n’est qu’une machine.
— Vous avez un cœur de pierre, gémit Michael.
— Disons que je sais relativiser. Mais pour vous faire plaisir, je peux refaire une tentative de réparation, rajouta le docteur House sans enthousiasme.
— Non ! Laissez tomber !
Michael quitta les lieux sans ménagement. Une fois sorti des urgences, il crut apercevoir son compagnon derrière une vitrine et sans attendre, il entra chez le concessionnaire.

Crédit Image : Justin / CC BY-SA 2.0

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