La montre

Petite enquête policière, un tantinet absurde avec comme toile de fond la série « Les Experts Miami ».

PDF | ePub | Mobipocket

Le chef de la police scientifique arriva sur la scène de crime.
Un cri strident se fit fortement entendre par le biais d’une enceinte Bluetooth, que transportait un de ses assistants.

« Yeahhhh !!! »

— On a quoi aujourd’hui, Madame Boa Vista ?
— Mal aux oreilles. Vous pouvez couper cette chanson des Who ? demanda l’enquêtrice agacée.
Horatio Caine fit un bref signe à son esclave stagiaire, qui mit immédiatement fin à la mélodie.
— Désolé ! J’aime bien mettre en scène mes entrées.
La femme ne fit pas attention à la remarque et reprit son travail.
Le chef se pencha sur le corps étalé sur le sol :
— Vous avez une idée des raisons du décès ?
L’enquêtrice s’interrompit :
— Nous avons la situation bien en main. Vous pouvez retourner au bureau.
— Je cherche à faire avancer l’enquête !
— Cela me surprend, marmonna-t-elle.
— Vous disiez ?
— Non rien.
Le chef se rapprocha d’elle :
— Vous pouvez me faire un topo ?
Elle s’exécuta non sans une certaine réticence, pendant que son chef faisait le tour du cadavre à la recherche d’indices :
— La cause de la mort de cet homme est difficile à déterminer. Une légère ecchymose à la base du cou, qui pourrait être simplement la conséquence d’une chute, mais…
— La montre ! l’interrompit Horatio.
— Hein ?
Le chef lui désigna un objet fixé au poignet du mort.
— Regardez !
— Oui ! C’est une montre connectée cassée. Nous comptions justement la répertorier.
Horatio retira ses lunettes de soleil :
— Cet indice est la clé de l’affaire. J’en ai l’intime conviction.
— Si vous le dites, répondit l’enquêtrice avec une mine dubitative.
— Faites une expertise sur cette montre ! C’est un ordre ! lança le chef de la police scientifique. Il faut que cette affaire soit bouclée avant la fin de la journée.
La jeune femme vérifia la date sur son smartphone, par acquit de conscience.
— Je comprends mieux votre attitude. C’est la fin du mois, constata-t-elle.
— Vous disiez ?
— Non rien.
Horatio Caine remit ses lunettes de soleil et lâcha sa dernière réplique :
— Cet homme est mort !

« Yeahhhh !!! »

Le son sorti de l’enceinte Bluetooth fit sursauter Madame Boa Vista, qui essaya de garder son calme malgré son envie de commettre un crime.
Le chef de la police scientifique tourna les talons et s’éloigna de la scène de crime, accompagné de son assistant. Un Hummer rutilant et polluant les ramena au bureau.

Dans les bureaux de la police scientifique, les enquêteurs travaillaient sans relâche sur la nouvelle affaire. Ils étaient mis sous pression par Horatio. La fin du mois occasionnait beaucoup de stress chez tous les chefs de service, qui devaient produire des bons indicateurs à leur hiérarchie. Le responsable de la police scientifique n’était pas épargné et attendait avec impatience le rapport des experts sur la montre connectée. Ces derniers éprouvaient d’ailleurs beaucoup de difficultés à la faire refonctionner, ce qui n’était pas sans agacer leur supérieur.
Pendant ce temps-là, un technicien informatique traversait le couloir à toute allure. Lui aussi subissait les humeurs du chef, qui s’était retrouvé dans une situation impensable pour un manager : ne plus recevoir ses mails depuis 5 minutes.
Une fois la guérison effectuée, le technicien quitta le bureau du chef soulagé. L’urgence informatique relevant du passé, il put errer dans les couloirs et ainsi prendre le temps de passer saluer une amie :
— Wesh Calleigh ! Ça roule ?
L’attitude de l’informaticien n’était pas du goût de tous les scientifiques présents dans le bureau.
— Vous n’avez rien à faire ici ! Nous travaillons sur des preuves.
— Et ça donne quoi ? taquina le technicien.
— On galère sur une montre connectée, indiqua Calleigh. On cherche à en extraire les données, mais toutes nos tentatives ont échouées.
— Je peux peut-être vous aider.
— Pas question ! Nous sommes des experts, pas de simples techniciens, fit l’un des scientifiques sur un ton condescendant.
— Ne les écoute pas ! Ton avis m’intéresse.
L’informaticien s’approcha de la montre et après une brève analyse de l’objet, prit place devant l’ordinateur le plus proche et commença à tapoter frénétiquement sur le clavier.
Au bout de quelques minutes, il annonça son verdict :
— Voilà ! C’est une montre connectée dédiée à la remise en forme. Ses données sont directement stockées dans le Cloud du fabricant. Par conséquent, au lieu de vous acharner sur l’objet, contactez plutôt la société, conclut-il avec une pointe de moquerie.
Son amie Calleigh s’empressa de le remercier. Les autres scientifiques présents se montrèrent beaucoup plus discrets. L’humiliation était très dure à encaisser pour leurs egos.

En fin de journée, Calleigh présenta fièrement le rapport de l’enquête à son supérieur. Horatio le parcourut rapidement et émit sa conclusion :
— C’est une mort naturelle !
— Quoi ? L’hématome cutané semble pourtant prétendre le contraire.
— Oubliez l’autopsie. Les données de la montre sont sans équivoques.
Elle comptait émettre des réserves, mais son responsable prit les devants :
— La victime n’a pas respecté la recommandation de l’OMS. Elle a fait moins de 10 000 pas par jour. La conclusion est évidente.
— Mais…
— Pas de contestation possible. C’est une mort naturelle. Vous pouvez classer l’affaire.
Horatio se tourna immédiatement vers l’écran de son ordinateur. Il ne fit plus attention à Calleigh, trop captivé par la mise à jour de ses indicateurs. La résolution de cette dernière affaire allait très probablement l’aider à obtenir une promotion. Un sourire se dessina sur son visage. Voyant le désintérêt que lui portait son supérieur, l’enquêtrice quitta le bureau, la mine déconfite.

Ce n’était pas aujourd’hui que justice serait faite.

Crédit Photo : Maurizio Pesce / CC BY 2.0

Publicités