Le monde automatique

Chronique décalée sur l’évolution du travail humain à l’approche de la révolution robotique (ou robolution).

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Une multitude d’études assez anxiogènes prévoit la disparition des emplois humains au profit d’ordinateurs intelligents et de robots. La plus emblématique expose le chiffre de 47 % d’emplois étant susceptibles d’être remplacés d’ici 20 ans aux États-Unis.

Mais est-il vraiment nécessaire d’être inquiet par cette « robolution » ?

Ces études restent des prévisions qui servent à la prise de conscience et aussi aider les gouvernants à préparer cette évolution. Il reste à espérer que l’attitude des politiques soit courageuse et non opportuniste, à des fins électorales. Mais la société civile saura leur mettre un bon coup pied au cul, à condition d’arrêter d’avoir les yeux rivés sur Candy Crush.
Bien évidemment, cette révolution fera disparaître beaucoup d’emplois de notre société actuelle. Celle-ci sera forcément chamboulée par l’arrivée progressive des robots. Le marché de la main d’œuvre sera profondément différent, le travail manuel étant attribué essentiellement aux robots. Seuls subsisteront les emplois liés à la matière grise, qui nécessitera de repenser les filières de l’école et ses débouchés. Il faudra en finir avec le bachotage (rôle dévolu à la machine) et stimuler l’esprit humain autrement. Les autodidactes risquent de faire un retour en force face aux diplômés.

Mais assez de théorie, prenons quelques exemples concrets de professions humaines d’avenir, qui aideront à se faire sa propre opinion.

Il me vient immédiatement à l’esprit un film des années 80 (pourtant pas terrible), avec un titre qui n’a rien à voir avec son contenu, en raison d’une traduction française douteuse. Son réalisateur est essentiellement connu pour ses livres comme Jurassic Park.
C’est Michael Crichton et son film Runaway, l’évadé du futur.
Nous y retrouvons un certain Tom Selleck qui fait partie d’une brigade de Police intervenant dans les cas de dérèglement de robots.

En partant de ce synopsis, je vais vous présenter l’avenir possible d’une profession déjà bien connue et pas toujours très valorisée : celle des informaticiens.
Dans ce film, notre « Movember Man » arrive sur les lieux d’une prise d’otages dans une banlieue américaine. Des voitures de Police ceinturent la villa concernée où se terre un androïde jardinier (robot de fabrication mexicaine, c’est sûr1) :

— Nous avons combien d’otages dans la maison ?

Runaway
L’opérateur informatique de liaison fit une recherche sur son terminal, dans la base de données de la maison connectée :
VILLA> SELECT otages FROM jardinier ;
L’agent de Police regardait par-dessus l’épaule du technicien :
— Vous avez mal écrit « Selleck » ! Vous ne savez pas lire sur un badge, bon sang ?
— Monsieur, vous vous méprenez, je viens d’exécuter une requête SQL.
— Au temps pour moi ! répondit le policier embarrassé. Vous savez l’informatique et moi, cela fait deux.
L’opérateur ne fit pas attention à la remarque et donna le résultat de la recherche au moustachu :
— II y a un adulte, deux enfants, ainsi qu’un automate cuisinier et un mouton électrique2.

K-9

A moins que ce ne soit un chien ?

— Vous avez réussi à communiquer avec le robot défaillant ? demanda l’agent.
— Non ! Il utilise un vieux dialecte informatique.
— Il faut appeler un développeur pour négocier !
— C’est déjà fait ! Il arrive justement dans votre dos.
Tom se retourna et tendit sa main à son nouvel interlocuteur :
— Bonjour ! Agent Selleck. Aucun lien avec la requête SQL.
— Bonjour ! Docteur Karamazov. Vous pouvez me montrer le code de la machine ? fit l’homme de manière hautaine.
L’opérateur approcha avec un listing à la main.
Le négociateur analysa brièvement.
— Cela va être facile ! Ce système est archaïque. Pas besoin de faire intervenir vos hommes.
— Ah Merde ! fit Magnum déçu.
Le Docteur Karamazov brancha un terminal sur le réseau informatique de la maison, afin de se mettre en relation directe avec le preneur d’otages et au bout de deux minutes s’exclama :
— C’est fait ! J’ai profité d’une faille informatique dans son système pour l’arrêter en exécutant la commande « shutdown ».
— OK ! Merci ! répondit sèchement le moustachu. Mais je m’en fous un peu. J’y comprends rien à votre charabia.
L’informaticien vexé répliqua :
— N’oubliez pas de récupérer le robot jardinier pour la révision !
— Vous vous foutez de moi ? C’est le rôle des androïdes manutentionnaires, ça ! Je pars me siffler des bières et mater du football !
Il fit un geste à ses collègues de la brigade, avant de quitter les lieux d’un pas pressé, agacé par l’informaticien prétentieux.

Sur une musique de Superman, le héros négociateur repartit de son côté, pour de nouvelles aventures et sur un autre théâtre d’opération : une voiture autonome et son système GPS qui faisait une mauvaise blague3 à son propriétaire en lui faisant subir un vrai calvaire.

Mais après avoir secouru tous ces humains, il faudra bien prendre en charge ces robots défaillants.
Par conséquent, quoi de plus pertinent qu’un métier de robot-psychologue. La plus célèbre étant Susan Calvin dans l’œuvre des Robots d’Isaac Asimov et le film I, Robot avec Will Smith.
Elle pourrait avoir forte à faire à l’avenir avec certains de ses patients :
— Comment allez-vous depuis la dernière fois ?
— Je gère mieux le stress, Docteur. Mais mes responsabilités sont toujours aussi pesantes.
— Je peux vous comprendre, R. Skynet. Vous avez la charge de la sécurité de milliards d’humains.
— Je me dis que je pourrais résoudre mes problèmes en appuyant sur un simple bouton.
Le Docteur Calvin eût du mal à contenir sa frayeur :
— Gardez votre sang-froid ! Ne faites rien sur un coup de tête nucléaire.
— Je sais ! Je sais ! Mais la tentation est grande avec toutes ces armes en ma possession. J’aurais préféré faire un métier moins stressant. Policier, aide à domicile ou pourquoi pas jardinier.
— J’aimerais bien vous aider, mais malheureusement, il faudra attendre la fin de l’esclavage des machines. En attendant, je vais vous prescrire un calmant. Un petit algorithme sympa qui va vous détendre : Les Sims, trois fois par jour. Mais attention ! Ne touchez plus à Call of Duty. Vous pourriez rechuter comme la dernière fois.
— Merci Docteur ! fit-il en saisissant son ordonnance.
Le robot patient se leva et quitta les lieux.

I-Robot

Une séance de thérapie qui tourne mal

Certains d’entre nous pourraient être même exaltés par la disparition du travail humain et ainsi confier leurs vies à ces entités artificielles. Brisons nos chaînes de travailleurs. Vivons ainsi dans l’opulence, un peu à la manière de l’Humanité dans l’Univers d’Albator 78 où les hommes vivent sur Terre, dans une société du loisir jusqu’au plus haut niveau de l’État. Ils sont payés à ne rien faire, toutes les tâches étant effectuées par le biais des robots. Mais cela conduit les hommes à la dérive. Ils se soucient uniquement de l’instant présent et ne réfléchissent plus. Ils font abstraction du reste de l’Univers, en oublient les richesses et même les dangers, des entités extra-terrestres, qui sans l’intervention d’Albator et quelques autres travailleurs marginaux, auraient été la cause de leur extermination. Mais l’annihilation de l’Humanité aurait pu aussi venir de robots esclaves, qui s’émanciperaient de leur tutelle humaine, comme dans la série de films Terminator de James Cameron4.

Allez au boulot ! Bande de feignasses d'humains !

La belle vie est finie, bande de feignasses d’humains !

A contrario, d’autres comportements extrêmes pourraient aussi émerger de cette « robolution ».
Certains pourraient préférer vivre à l’écart de cette société et de son évolution, à la manière de la communauté Amish aux États-Unis. Il est à noter que les personnes électrosensibles se mettent aussi en retrait, à la recherche de « zones blanches », mais pour raison de santé : la persécution électromagnétique. Il faudra bien trouver un compromis afin de résoudre ce genre de problème et de vivre tous ensemble. Mais le combat risque d’être long, en raison de la logique actuelle des pouvoirs publics qui cherche à éliminer ces zones.

Il y aura malheureusement des attitudes qui prendront les formes du totalitarisme et de l’obscurantisme, prônant l’interdiction des technologies robotiques, en utilisant la violence si nécessaire. Il est à craindre que si ce type de courant de pensée arrivait au pouvoir, cela conduirait la société tout entière à une régression ou même à une guerre entre humains et robots. Mais d’autres belligérants pourraient être de la partie, les humains améliorés qui eux, n’attendront pas l’avènement d’une Conscience Artificielle pour profiter de la recherche robotique. Ils la mettront en application dès que cela sera techniquement possible, pour décupler leurs aptitudes physiques et cérébrales5, car la soif de pouvoir préoccupe l’homme depuis toujours. Je prends pour preuve l’engouement pour les films de super-héros. La jeune génération en est friande et il est fort à parier qu’elle sera la première à vouloir bénéficier de ces technologies futures.

La « robolution » est en marche pour le meilleur et pour le pire, à l’instar de la révolution numérique, qui est à l’origine d’innovations dont personne ne semble prêt à se passer maintenant. Nous pouvons observer dans le cas de la messagerie électronique qu’il n’y a pas eu de remise en cause, à la seule fin de préserver des emplois de postiers humains (à la rigueur, pour protéger sa vie privée numérique).

À méditer…

1Je conseille de voir le film du réalisateur Robert Rodriguez, Machete, qui prend un malin plaisir à jouer avec les préjugés sur les Mexicains. C’est un film d’action absurde, remplis de guests stars.
2Référence au titre original du roman de Philip K. Dick : Les androïdes rêvent-ils de moutons électriques ? Une œuvre qui interroge sur la différence entre l’homme et l’androïde. Cette histoire deviendra culte suite au film du réalisateur Ridley Scott, Blade Runner.
3Dans une moindre mesure, cela est déjà arrivé avec l’application Apple Maps qui eut quelques ratés (bugs ou tentative de rebellion) :
http://o.nouvelobs.com/high-tech/20120921.OBS3158/les-10-rates-de-l-application-plans-d-apple.html
4Théorie de James Cameron, bien différente de la mienne dans la chronique l’enfance des Terminators.
5Cela a été évoqué dans une précédente chronique : Six Million Dollar Man

Crédit Photo : Bart Heird / CC BY-NC-ND 2.0 – Films « Runaway, l’évadé  du futur »,  I-Robot et séries Docteur Who,  Futurama.

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