Sondes en stock

Distribution de gifles avant l’été contre ceux qui manipulent l’opinion publique. A défaut d’être efficace, cela soulage.

Nous sommes continuellement inondés de sondages dans nos démocraties. Certains sont sérieux et d’autres farfelus. Mais dans tous les cas, il faut toujours se montrer prudent. Nous ne sommes pas dans le monde des Bisounours ou celui de Dora l’exploratrice (pour être compris par un public plus jeune). Les sondes(ages) ne sont pas faits pour le plaisir. Ils servent les intérêts de leurs commanditaires, qui les ont payés à un prix non négligeable, pour le commun des contribuables. Il est fort à parier que ces derniers en financent une partie via des dons défiscalisés, comme ceux effectués à un parti politique. Mais nous pouvons comprendre que chaque formation politique ou groupe d’influence, effectue ce genre de manœuvres pour déstabiliser leurs adversaires. Tout ceci est de bonne guerre, comme le disait un grand penseur de XXᵉ siècle :
« Pour survivre à la guerre, il faut être la guerre ».
Une belle tirade de notre bon vieux John Rambo, glissée entre deux altercations avec ses amis vietnamiens.

Les sondages récents issus d’un jeune institut, sont du pain béni pour vous servir d’exemple de manipulation de l’opinion.

Imaginons un candidat à la Présidentielle en perte de vitesse, rentrant dans un magasin de sondages :
— Bonjour, Monsieur !
— Bonjour !
— Qu’est-ce que je vous sers ?
— J’aimerais quelques sondages fracassant mes adversaires politiques.
— Pas de problème ! Je vois ce qu’il vous faut !
Le sondeur partit fouiller dans sa remise et revint quelques minutes plus tard :
— Les sondages concernant le rejet des candidatures des deux derniers finalistes, vous conviendraient-ils.
— Ils sont de qualité ?
— Ah Oui ! Plus de 70 % d’opinions négatives. C’est du lourd.
— Parfait ! Le vendeur se dirigeait vers sa caisse enregistreuse :
— Cependant, je dois vous prévenir qu’un troisième sondage ne veut pas que vous vous représentiez non plus.
— Ah merde ! Cela va faire partir les électeurs chez la crémière populiste.
— Je crains que oui ! Cette commerçante est dans tous les médias. À la vue de votre faible visibilité, cela vous desservirait à coup sûr.
Le candidat déçu salua le vendeur et s’apprêtait à partir. Ce dernier le stoppa dans sa manœuvre :
— Attendez ! J’ai justement quelque chose qui pourrait vous aider.
— Ah oui ?
— Un sondage favorable face à votre ennemi juré de droite.
L’homme se rapprocha du comptoir d’un air intéressé.
— Je prends ! Du moment que cela me remet sur le devant de la scène. Et puis coller une gifle à ce nabot, cela fait toujours du bien.
— C’est vrai que vous êtes coutumier du fait, fit son interlocuteur avec une pointe d’humour.
Le candidat repartit après avoir réglé une jolie somme au moyen du chéquier de son Parti. Avant de quitter les lieux, il rajouta :
— Je penserais à vous si j’arrive à l’Élysée !
— Merci Monsieur ! Je me ferai un plaisir de vous servir tous les sondages adéquats pour votre bien-être.

Cela démontre que les sondages sont par nature biaisés par la manière dont ils sont présentés. Chaque commanditaire les manipulant dans le but d’affaiblir ses adversaires et orienter l’opinion publique dans son sens. Et si les sondages restent défavorables, les personnes en difficulté sauront utiliser d’autres armes.

À titre d’exemple, certains candidats à la Présidentielle, à l’image usée, pourraient être tenté de limiter les Primaires à des militants maîtrisables ou même les supprimer, afin d’écarter les challengers. Cela serait plus facile que de faire émerger de nouvelles idées. De toute façon, leur charisme à l’échine bien courbée n’aurait plus la force de porter un nouveau programme.

Les électeurs se retrouveraient ainsi piégés par ces manœuvres politiciennes restreignant leurs choix. Les plus jeunes ont d’ailleurs déjà zappé ce type d’élection, préférant voter pour une star de la télé-réalité. Qui pourrait les blâmer de ne pas vouloir s’intéresser à des fossiles du siècle dernier. Les autres, plus courageux (ou masochistes), continueront à regarder ce feuilleton pathétique aussi ennuyeux qu’un épisode de l’inspecteur Derrick et mettre un bulletin dans l’urne par dépit.

La seule alternative que l’on nous laisse entrevoir est un courant politique des plus inquiétants. Ce mouvement resterait pourtant minoritaire, si ces technocrates vieillissants de la classe politique arrêtaient de se donner en spectacle à la seule fin de s’accaparer le pouvoir à des fins personnelles, au lieu de céder leur place à une nouvelle génération de personnes prêtes à relever les énormes défis du XXIᵉ siècle. Ces motivations futiles risquent de nous conduire dans le mur, si des populistes, au logiciel de pensée du siècle dernier, arrivaient aux commandes de nos institutions.

Il est encore temps d’utiliser les moyens numériques à notre disposition pour faire bouger les lignes et cela avant que des personnes autoritaires ne les tiennent en laisse et ne s’en servent contre nous.

Si nous ne réagissons pas, nous regretterons de ne pas l’avoir ouverte et la seule liberté qui aura été acquise sera celle de la fermer.

Crédit Image : Grapho

Publicités