Just a poke

C’est l’histoire d’une descente de Police pas aussi classique qu’elle n’y paraît.
Des références musicales et cinématographiques y sont disséminées, dont un clin d’œil très spécial. 

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— Tout le monde est prêt ?
Le commandant Perrin, chef de la brigade des mœurs, était en liaison directe avec son lieutenant sur le terrain. Il attendait sa réponse avant de donner l’ordre pour l’assaut final.
— Toutes les sorties ont été bloquées, mon commandant !
— Allez-y ! Vous avez mon feu vert, lieutenant Mercier !
L’attente fut brève. Toute une armada de policiers firent irruption sur le site.
Les connexions se multiplièrent :
RedLeader> Police ! Que personne ne bouge !
Les pseudos furent pris de panique.
Le lieutenant donna ses instructions pour maîtriser le désordre.
Plusieurs agents se dirigèrent vers un groupe de jeunes :
agent235> Mettez vos avatars face contre mur !
likemetender> Mon mur Facebook 🙂 ?
L’humour n’était le maître mot des forces de l’ordre :
agent233> On nous l’a jamais faite celle-là :-/ !
Pendant ce temps, agent240, le plus subtil d’entre tous, écornait l’avatar récalcitrant, en le bashant.
kenjiG> Laissez mon ami Facebook tranquille ou j’appelle un modérateur !
agent240> Vas-y ! Essaye pour voir !
Il n’attendait que cela, que l’on lui cherche des noises. Si quelqu’un touchait à un de ses collègues ou même signalait un abus, il devait courir vite et loin, car <agent240>, dit « la Chose », ferait tout pour lui ruiner sa réputation en le soulageant de ses pixels et plus si affinités. Il se comportait toujours ainsi lors de descentes sur les sites de rencontres. Ce côté obscur plaisait à certains membres de la gent féminine et rares étaient les fois où il repartait seul, sans même avoir besoin de payer l’abonnement. C’était l’un des avantages de la Police, dont la Chose savait profiter.

Un pseudo déboula dans la discussion, très énervé.
Il se dirigea vers le lieutenant :
Admin> Je suis le webmestre ! Vous n’avez pas le droit de débarquer comme ça et de discréditer mon établissement !
RedLeader> Si justement ! Plusieurs faits avérés de prostitution. Cela vous suffit ?
Admin> J’ai des amis influents !
RedLeader> Sans blague !
Admin> Je connais l’hébergeur de ce site !
RedLeader> Et alors ?
Le ton sec du lieutenant coupa l’élan de son interlocuteur. Il ne savait plus quoi dire.
RedLeader> Vous avez fini ? Laissez-moi faire mon travail.
Le lieutenant s’éloigna dans la foulée, sans attendre la moindre réponse.

* SweetSmoke a quitté le chat.
* KevinCostner a quitté le chat.

agent3> Chef ! Chef ! Il y en a deux qui ont trouvé le moyen de s’enfuir.
RedLeader> Merde ! Je croyais que vous aviez bloqué toutes les issues.
agent3> Ils ont créé une porte dérobée !
RedLeader> Encore des hackers !
Il souffla :
RedLeader> Quelle belle bande de bras cassés, je me coltine !
Le lieutenant Mercier était blasé. Ce n’était pas la première fois que cela se produisait. Il y avait toujours un gars doué en informatique qui trouvait le moyen de faire capoter ses interventions policières. La première pensée qui lui serait venue à l’esprit, était la présence d’une taupe au sein de son équipe. Mais en y regardant de plus près, il décelait plutôt de l’incompétence et de la désinvolture, certains se prenant pour Jason Statham.
L’académie formait des policiers sans jugeote. Son travail se cantonnant à un travail d’instituteur surveillant des gamins dans un bac à sable, au détriment d’un vrai travail de terrain.

Un bruit sourd retentit, faisant sursauter l’assemblée. Cela engendra la panique parmi les personnes présentes. Certaines se planquèrent derrière les balises HTML et les images à leur portée, d’autres avaient trouvé refuge derrière une publicité de Candy Crush. Ils étaient aux premières loges, pour apercevoir le policier touché qui gisait en page d’accueil. Le lieutenant Mercier en faisait partie.
RedLeader> Fais pas le con ! Tu ne peux pas t’échapper ?
XXX était le chef présumé d’un réseau de prostitution. Mais les preuves accumulées au fur et à mesure, grâce à la collaboration de certaines fiches de profils, l’incriminaient directement. La descente de police était le point final à plusieurs mois d’investigation. Le proxénète était acculé et s’était protégé derrière l’avatar de l’une de ses prostituées et menaçait l’assemblée, de son poke.
XXX> Laissez-moi partir ! Sinon je lui ruine sa réputation !
RedLeader> Baisse ton arme ! Nous allons discuter !
XXX> La ferme, Mercier ! Je veux que tu me laisses partir, un point c’est tout !
RedLeader> Tu sais très bien que je ne peux pas le faire !
XXX> Tu n’as pas le choix, je vais la poker !
RedLeader> Cela n’arrangera pas ton…
Une nouvelle détonation retentit. Tout le monde baissa la tête par réflexe. XXX était à terre à se tordre de douleur, touché à l’aine. Sa popularité avait été mortellement détruite. La prostituée regardait son avatar troué, au niveau du bas de sa jupe entre ses deux cuisses. Elle était indemne. Elle tomba dans les vapes, une fois qu’elle prit conscience de ce qui venait de se passer.
C’était l’œuvre d’agent26, surnommé « la Légende », l’un des meilleurs éléments de la Police de cet hébergeur. Il avait été détaché pour l’occasion pour son efficacité dans la détection et la suppression de virus et autres mouchards. Un coup de chance pour le lieutenant Mercier, même si cet agent avait agi sans son consentement. C’était toujours la même rengaine avec ce genre d’éléments exceptionnels qui s’évertuaient à ne jamais respecter les règles et gérer les crises de manière instinctive.

L’assaut était enfin terminé. Le site de rencontres avait été fermé et les moteurs de recherche l’avaient retiré de leur référencement.
Tous les agents allaient se déconnecter et retourner à leur foyer. L’un d’entre eux ouvrit un forum de discussion privé :
lebeaugossedelapolice17> Encore rien de bien passionnant aujourd’hui.
leroidelagachette_007> Tu as bien raison ! On nous fait prendre beaucoup de risques pour pas grand-chose.
lebeaugossedelapolice17> J’espère qu’on nous enverra faire une descente sur YouPorn, la prochaine fois.
sexmachine69> On pourra mater du nichon, au moins.
leroidelagachette_007> Faut pas rêver, le commandant y passe ses journées.
sexmachine69> Merde !
lebeaugossedelapolice17> Ça serait pourtant drôle de lui mettre les menottes.
leroidelagachette_007> Dites pas de conneries. Rentrez chez vous !

Les hommes sortirent du forum déçus.

* lebeaugossedelapolice17 a quitté le chat.
* leroidelagachette_007 a quitté le chat.
* sexmachine69 a quitté le chat.

Le commandant Perrin était très content du résultat de l’assaut. Grâce à cela, il allait pouvoir boucler ce dossier délicat et améliorer les statistiques de son service. Ses supérieurs allaient lui donner une prime ou même une promotion. C’était certain.
Il était sur le point de terminer la signature de certains documents afférents à l’assaut quand le téléphone sonna. Il décrocha :
— Bonjour ! Commandant Perrin à l’appareil !
— Dans quel merdier vous m’avez foutu ? J’ai l’hébergeur sur le dos à cause de vous ! répondit son interlocuteur, le chef d’état-major.
— Je ne comprends pas, ! fit-il surpris.
— Je vais vous éclairer, commença-t-il d’un ton irrité. J’ai le commandant de la brigade des stups qui est venu se plaindre que votre service a saboté l’infiltration et les écoutes de son équipe de hackers.
Dans des circonstances habituelles, le chef d’état-major n’aurait pas donné suite aux pleurnicheries d’un de ses subordonnés. Mais l’hébergeur et le commandant de la brigade des stupéfiants étaient des amis de longue date. Chacun aidant l’autre à gravir les échelons, ainsi que faire descendre ceux qui les gênaient. Cela changeait le rapport de force et le chef d’état-major était dans une position inconfortable qui le mettait hors de lui.
— Vous avez laissé s’échapper un certain…
Le commandant Perrin entendait des bruits de papiers, le flot de réprimandes s’étant tue, avant de reprendre quelques secondes plus tard :
— SweetSmoke et son garde du corps. C’est quoi ce pataquesse ? Vous pouvez m’expliquer ?
— Je n’étais pas au courant !
— Ben voyons ! Les mœurs, vous me faites chier ! s’énerva l’homme au téléphone.
— Euh… ! Oui ! opina ce dernier bêtement.
— Vous m’en faites une de ces bandes de bras cassés !
— Mais j’ai respecté la procédure. J’ai transmis les documents à qui de droit.
— Ne mettez pas votre erreur sur le dos de l’Administration !
— Mais, si je peux me permettre…
— L’Administration c’est moi ! Des têtes vont tomber et ce ne sera pas la mienne, c’est clair ? conclut violemment le supérieur.
La mine du commandant Perrin changea. Il allait servir de bouc-émissaire. C’était injuste. Il allait être mis au placard ou pire se faire virer, sans même espérer avoir droit à ses annuités. Tout cela à cause de l’incompétence de sa hiérarchie et du copinage de certains officiers.
— J’espère ne pas être obligé d’aller chercher un vrai travail dans la vie réelle, songea le commandant.

Bonus

Crédit Photo : n3ohr0 / CC0 1.0

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