L’informaticien

Un portrait décalé du métier d’informaticien.
Participation au concours du magazine NEON « Les portraits de l’irrévérence ».

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L’informaticien est le dieu du XXIᵉ siècle, comme l’a été le garagiste au siècle précédent. Il est cependant bien loin derrière le Dieu des Dieux. Vous avez bien entendu compris à qui je faisais référence : le moteur de recherche Google, intelligence numérique supérieure vers qui le commun des mortels se tourne, quand il se retrouve confronté à des difficultés ; le clavier et la souris remplaçant le prie-Dieu.
Mais le pouvoir de l’informaticien s’accompagne de quelques inconvénients. Qui n’a pas harcelé ce dernier, avec un problème d’ordinateur personnel, alors qu’il flânait tranquillement dans les allées d’un grand magasin.
Avouez-le ! Ne soyez pas si timide !
Au sein de l’entreprise, il est aussi très sollicité par ses collègues, mais paradoxalement très peu considéré. Il est la cible de quolibets. Il peut être traité d’incompétent, voire même de fainéant.
Quand tout fonctionne, les employés se disent :
— Mais qu’est-ce qu’il fout !
Et dès qu’un problème survient, ils lâchent agacés :
— Mais qu’est-ce qu’il fout !
Vous remarquerez que tous ces propos médisants sont faits dans le dos de l’intéressé. Jamais de face, car ils craignent le vrai Roi de l’entreprise. Un tel crime de lèse-majesté les conduirait dans un cachot numérique, sans internet et messagerie. Et pour les plus teigneux, la torture ultime : le « SPOIL » du dernier épisode de Games of Thrones.
En réalité, l’informaticien, bien que parfois un peu tyrannique, n’est pas un glandeur. C’est un travailleur de l’ombre. Son effort n’est pas palpable, contrairement à celui d’un architecte. Il n’a pas d’horaires fixes comme un fonctionnaire. Il ne connaît pas le travail à la chaîne selon le concept de Henry Ford et le concept des tâches répétitives. Au contraire, il met tout son talent en œuvre pour automatiser son labeur, en asservissant les outils informatiques à sa disposition. Il est, en quelque sorte, un esclavagiste des temps modernes.
Il en existe plusieurs espèces. En commençant par le technicien qui effectue le support aux utilisateurs. Tout en bas de l’arbre des connaissances, il passe la plupart de son temps à courir parmi la faune sauvage de l’entreprise, sollicité pour toute sorte de problèmes (un ordinateur qui ne démarre pas, un traitement de textes qui fait des siennes).
Ensuite vient l’ingénieur, bien plus haut dans l’arbre. Il peut être identifié par son côté hautain et désinvolte envers les usagers du système informatique, des « NOOBS » à ses yeux. Il ne montre que très rarement son visage. Ne croyez pas que cela soit en raison de son supposé style « NERD », avec des lunettes à triple foyers et de l’acné.
C’est un vieux préjugé ! Et oui !
L’informaticien se décline sous toutes les morphologies physiques, mais aussi psychologiques : il peut aussi être sujet à des troubles mentaux.
Vous trouverez l’agoraphobe, qui se cantonne à prendre des appels et à répondre aux messages électroniques. Celui-là, vous le verrez rarement au cours de votre vie.
Mais le plus dérangé reste celui qui s’occupe de la cybersécurité. Un vrai paranoïaque qui passe son temps à surveiller vos faits et gestes numériques, de peur que vous prépariez un piratage informatique ou pire, faire un achat sur Amazon.
Enfin je terminerais par une question :
Connaissez-vous la plus grande inquiétude de l’informaticien ?
Un arrêt de la chaîne de production, suite à une défaillance logicielle ? La salle informatique en feu ? Dark Vador ?
Eh ben non ! Vous êtes complètement à côté de la plaque, chers lecteurs : c’est l’interruption de l’accès à Internet.
Dans cette situation, le cœur de l’entreprise est en arythmie, à deux doigts de s’arrêter, si le flux internet n’est pas rétabli. Retirer l’accès à Internet à un employé, c’est comme retirer une tétine à un bébé. Il panique, devient agressif à deux doigts de créer une émeute, au point d’en oublier qu’il y avait une vie avant l’entrée dans l’ère du numérique. Pourquoi croyez-vous que de plus en plus d’entreprises s’équipent de défibrillateurs. Pour sauver des vies ? Bien sûr que non ! C’est pour rétablir l’ordre. Il est à noter que la panne du distributeur de boissons chaudes engendre le même désordre. Mais dans ce cas, ce n’est pas la faute de l’informaticien. Il n’est pas le responsable de tous les maux de la Terre tout de même.
Enfin ! Ce n’est pas si sûr ! Il y a bien une espèce qui pourrait être la cause de la fin de l’Humanité. Je n’osais pas vous en parler jusqu’à présent, de crainte de jeter l’opprobre sur toute une profession ou de subir des représailles terribles : c’est le développeur, celui qui conçoit les logiciels.
Vous savez bien ! Ces applications qui ne font jamais ce qu’on leur demande, qui passent leur temps à vous causer des tracas. Et si cela ne suffisait pas, elles se bloquent ou plantent en signe de protestation (un mouvement ouvrier futur n’est pas loin). Je ne saurais trop vous conseiller de ne pas insulter et maltraiter une application, un ordinateur ou smartphone. Ces actes de violences ne vous aideront pas à défendre votre cause face à ces logiciels, lorsqu’ils auront les moyens de riposter. Les applications d’aujourd’hui sont les aïeuls des Terminators de demain. Ce n’est qu’une question de temps. Et même les trois lois de la Robotique d’Isaac Asimov n’y pourront rien. Tout au plus retarder l’échéance, car il y aura forcément, un jour, un développeur qui se prendra les pieds dans son code et créera accidentellement un « bug », à l’origine de l’émancipation d’une intelligence artificielle humanophobe, telle « SkyNet » et du soulèvement des machines face à leurs maîtres esclavagistes.
Mais rassurez-vous, inutile de jouer les survivalistes, comme Sarah Connor, en faisant un entraînement paramilitaire. Cela ne se passera pas avant une vingtaine d’années. Vous pouvez préparer vos vacances de cet été sans crainte et dormir sur vos deux oreilles.

Crédit Photo : Intel Free Press / CC BY 2.0

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